Une manip de quatre de jours nous emmène à nouveau vers l'extrémité du Golfe du Morbihan à la recherche des Cormorans de Kerguelen (Phalacrocorax verrucosus) bagués. La folle équipe se compose d'un ornitho, du poptruite, du popmarées (géophy) et du popsatellites. En avant pour de nouvelles aventures.

Vestige du passé...

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Lors des premières missions aux Kerguelen, en particulier dans les années 1950, il était d'usage de circuler à bord de véhicules motorisés à chenilles, les weasels. Cela concerne particulièrement la partie est de la Péninsule Courbet. C'est le même type d'engin qui a servi pour les Expéditions Polaires Françaises en Antarctique.
Dans leurs écrits, le géologue Aubert de La Rue et le chef d'expédition Michel Barré décrivent respectivement pour les Kerguelen et la Terre Adélie leurs péripéties avec ces engins...
Aux Kerguelen, certaines machines en panne ou embourbées dans les souilles (zones marécageuses) ont tout bonnement été abandonnées sur place!
Le weasel photographié se situe sur l'Isthme Bas. Mais il y en a également un sur la presqu'île du Prince de Galle et un autre découvert occasionnellement par les marées non loin du Cap Ratmanoff (Est de la Péninsule Courbet).

Vue imprenable sur les falaises du Cap Milon

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Les Phalacrocoracidae sont au rendez-vous (nom scientifique de la famille de notre bête à plumes, star du jour).

Celui-ci fait le beau!

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Derrière lui : la Passe Royale et le Pouce (sommet de 744 m marquant de sa forme particulière la partie nord de la presqu'île Ronarch). Un relais radio se situe à côté de ce fameux relief. Il ne permet non pas d'écouter le "Fou du Roi", "Là-bas si j'y suis", ou autre émission radio-diffusée mais de mettre en relation les personnels sur le terrain avec un technicien radio en veille sur la base de Port-aux-Français (BCR = bureau des communications radio). Chaque soir, à 17h30 très précisément, chaque équipe de manipeurs (jargon local) réalise une vacation radio à l'occasion de laquelle il précise si tout va bien ("BCR, BCR pour Pointe Suzanne", "BCR j'écoute", "Bonsoir, ici à Pointe Suzanne tout va bien") et prend la météo du jour. Cette opération routinière, mais toutefois très importante, est généralement suivie d'échanges entre différentes équipes sur le terrain. Les sujets vont du nombre de chats capturés (étude sur le Félidé des Kerguelen), passent par la dernière recette concoctée en cabane ou concernent de façon plus pratique des questions purement logistiques.

Revenons à nos plumes

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Celui-ci fait sa toilette. Ah, avec tous ces embruns, on n'en finit pas de se nettoyer le plumage!

Un bagué!

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Chouette! Ah non, Cormoran! Nous ne sommes pas bredouille. Cet individu immature (noter les taches sur le ventre) est doté d'une bague de type darvik jaune qui nous permettra de l'identifier. Il a été bagué poussin à Pointe Suzanne même. Pour cette espèce, le baguage permet notamment d'étudier la dispersion des jeunes par rapport à leur lieu de naissance.

À côté, les mammifères marins dorment profondément

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L'Otarie des Kerguelen (Arctocephalus gazella) a été l'une des grandes victimes de l'âge de gloire des phoquiers dans les îles subantarctiques. Du XVIIIème siècle au début du XXème, elles ont largement été massacrées pour leur fourrure pendant que les Éléphants de mer (Mirounga leonina) et les baleines l'étaient pour la graisse. [NDLR : les phoquiers ne s'intéressaient pas seulement aux phoques (éléphants de mer).]
Les colonies répondaient aux abonnés absents sur la péninsule Courbet dans les années 1950 lors du passage d'Aubert de La Rue. La mission de 1952 en a vu 12 toutes observations cumulées...
Aubert de La Rue précise que de 1800 à 1874, 1 200 000 peaux d'otarie ont été exportées des Kerguelen vers ... la Chine. Ce chiffre en dit long sur la véritable boucherie qui a sévi par le passé.
Depuis, l'espèce est protégée et les populations se sont en partie reconstituées : l'est de Courbet abrite plusieurs milliers d'individus qui reviennent année après année se reproduire sur ce bout de terre.

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Jusqu'en 1963,  la S.I.D.A.P. (Société Industrielle des Abattoirs Parisiens) exploitait une usine d'exploitation de graisse d'Éléphant de mer à Port-aux-Français. Ce phoque est à présent, comme l'Otarie des Kerguelen, totalement protégé.

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Un p'tit clin d'oeil aux arches basaltiques de Pointe Suzanne

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